Apprendre à s’émerveiller devant le cadeau de la vie…

 « Pour moi, tous les matins, c’est Noël. J’ai sous les yeux un beau sapin. Il est rempli de cadeaux. Le cadeau est donné, je prends ce qui m’est donné. Au fur et à mesure de la journée, j’ouvre les cadeaux. Et le soir, quand je prends le temps de relire ma journée, je dis merci à Dieu pour ce qui m’a été donné. Et je sais bien : J’ai certains cadeaux que je n’ai pas aimés. Mais je sais qu’après avoir reçu un mauvais cadeau, il y a toujours un beau cadeau qui vient après. Quel est aujourd’hui le cadeau de Dieu, créateur de la vie ? »  

La vie, comme un cadeau, qu’on ouvre, et devant lequel on s’émerveille

Ces paroles ont été prononcées en décembre, devant beaucoup de monde rassemblé pour parler d’espérance. Il a été question d’espérance en décembre, l’avez-vous su ?

J’ai essayé comme Nathalie, elle s’appelle Nathalie, celle qui a prononcé cela, et elle est lourdement handicapée, j’ai essayé de penser que chaque jour de décembre pouvait commencer avec ce sapin de Noël, ces cadeaux placés pour moi. Chaque jour de ce mois de décembre, je l’ai imaginé comme un don de Dieu. Moi, j’aurais préféré faire le tri, ne pas ouvrir ce qui n’était pas joyeux, n’ouvrir que ce qui était beau. Mais je n’avais pas le choix. Qui sait de quoi chaque jour est fait ? Je ne peux pas faire le tri. Alors j’accueille. C’est une espérance. Certains appellent cela un parti pris d’espérance. Je fais le pari que du chaos naîtra un jour nouveau. Il m’a fallu prendre le temps de lire tous les messages suspendus au sapin de Noël en décembre. Il m’a fallu prendre le temps de les lire, de les comprendre, de chercher, derrière l’enfer des insultes, des violences, des haines exacerbées, véhiculées par des moyens de plus en plus sophistiqués, et par des personnes tellement mal intentionnées, s’il y avait un message, un appel. J’en ai deviné un : la justice. Il n’y a pas de paix sans justice. Je le sais bien, depuis longtemps. Par exemple, ce cadeau qui m’a été fait de devenir chrétien un jour, m’a permis de scruter les Ecritures chrétiennes. Elles racontent la vie d’un peuple, ses espérances, ses violences, ses rejets de Dieu, ses réconciliations. Il n’y a pas de paix sans justice. C’est le refrain de la Bible.

Cependant, ce sapin du mois de décembre, je le regarde encore avec un goût amer. Quels cadeaux nous réserve-t-il encore ?  J’ai entendu Mgr Noyer, ancien évêque d’Amiens que je cite :

« Qu’on rappelle à notre société qu’il y a des pauvres qui ont difficulté à vivre, voilà qui va bien à Noël. Qu’on dise aux nantis que les pauvres ont des droits, qu’on redise le projet d’un monde plus juste pour tous, voilà qui s’accorde bien à Noël.

Mais ce que j’entends, n’est pas l’amour des pauvres, le souci de ceux qui n’ont rien, l’amour qui appelle au partage et à la justice. J’entends une population qui a peur de devenir pauvre, une population qui n’aime pas les pauvres. J’ai connu un pays pauvre qui se pensait assez riche pour accueillir le pauvre. Je vois un pays riche qui se dit trop pauvre pour ouvrir sa porte à moins riche que lui.

Voilà sans doute bien des années que Noël est devenu le lieu de cette mutation. On invite l’enfant à désirer tous les biens de la terre et il se croit tout-puissant jusqu’au moment où la limite de l’appétit ou de l’argent va faire de lui un frustré. On voulait en faire un riche comblé et il se retrouve un pauvre déçu. »

Noël, c’est en France de 2018 un acte d’espérance. Vous viendrez contempler la crèche tout à l’heure, beaucoup trop simple et trop pauvre pour que les Père Noël  la trouvent. D’ailleurs même le comité de rédaction local d’un  quotidien régional n’a pas voulu qu’elle y figure. C’est injuste ! Mais elle est là. Elle existe pourtant. Cachée. Pour la trouver il faut en enlever des cartons et des cartons, il faut aller au cœur. Vous y contemplerez le monde, votre vie, comme un don, un cadeau. Vous la regarderez avec les yeux et le cœur de jeunes parents qui s’émerveillent de la naissance de leur enfant. Vous ferez un acte d’étonnement et de foi. Pour ces parents-là, ceux de Jésus, il n’y avait pas de place dit l’Evangile. Ils étaient en déplacement forcé. Ils étaient loin de chez eux, totalement vulnérables. Ils ont accueilli la naissance de Jésus. Ils ont connu la joie. Ils ont trouvé et reconnu en lui la flamme capable de ranimer l’amour, la paix, la foi. Cette flamme s’appelle l’espérance, le don de Dieu, Jésus. Et vous repartirez de la crèche, non pas frustrés, mais riches de l’amour qui est dans votre cœur et qui ne demande qu’à s’épanouir, à s’étendre, à devenir contagieux. A Noël, apprendre à s’émerveiller devant le cadeau de la vie, c’est prendre résolument le chemin pour la justice et pour la paix. C’est là que les chrétiens sont attendus. C’est tellement simple, si on voulait.

Homélie de Noël - Daniel Orieux

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