Homélie de la fête paroissiale…

Vous connaissez cet instrument ? C’est un smartphone. Il n’existait pas il y a une douzaine d’années. Aujourd’hui l’immense majorité de ceux qui en possèdent, presque tout le monde en dessous de 60 ans, ne peut imaginer s’en passer. Il pèse environ 200 gr. Sa fabrication a nécessité l’extraction d’environ 70 kg de matière, minéraux rares dont l’existence sur terre est comptée.  Ce qui est rare est cher. La pression sur les ressources entraine des conflits et alimente l’instabilité dans la région des Grands Lacs en Afrique, en République Démocratique du Congo, mais aussi en Amérique Centrale et en Birmanie. Environ 40 000 enfants travaillent à l’extraction de ces minéraux, dans les mines du Sud de la République Démocratique du Congo, ou encore dans les mines d’étain à Sumatra. 88% des Français changent de téléphone environ tous les deux ans, alors qu’il fonctionne encore, encouragés par les mêmes firmes qui font travailler directement ou indirectement des enfants et alimentent l’instabilité de régions entières du globe.

Je m’arrête là. C’est la réalité vérifiable. Personne ne peut dire ou ne pourra dire : « je ne savais pas ». Nous sommes solidaires dans l’inconscience de la fuite à la consommation dans laquelle nous sommes tous entraînés. Mais je ne suis pas là pour faire culpabiliser qui que ce soit, même si ce petit appareil nous le regarderons désormais d’une autre manière.

Ce jour de grande fête paroissiale réunit petits et grands. Il manque beaucoup de monde aujourd’hui. Nous ne sommes que les quelques-uns de la population rezéenne qui manifestent leur désir de mieux connaître et suivre ce Jésus qui nous propose de faire toute chose nouvelle en ce monde. Nous sommes ou essayons d’être des chrétiens. Et ce Jésus nous propose d’inverser la vapeur, il nous propose de devenir tous solidaires non plus dans l’inconscience, mais dans la construction d’un monde juste. Parce que, selon l’expression consacrée désormais et que tout le monde doit connaître : « tout est lié ». C’est une expression du pape François, dans son encyclique Laudato Si’. Tout est lié : on jette, au mépris de l’environnement, et de la justice. On jette les biens comme les personnes. Les mêmes phénomènes qui contribuent à l’appauvrissement de notre belle planète et à sa désertification progressive sont les mêmes phénomènes qui produisent des injustices, c’est-à-dire des pauvres.

Nous avons cet après-midi été mis en contact avec des associations qui oeuvrent dans le domaine de l’environnement et dans le domaine de la solidarité. C’était pour manifester que tout est lié, et que, ainsi que le souligne de manière très importante le pape François : rien n’est jamais perdu. Rien n’est joué si aujourd’hui la conscience de devoir modifier nos manières de vivre l’emporte sur les pressions de mode et de publicité. Des associations nous ont montré comment on peut construire l’avenir, résister au désastre qui s’annonce, inverser la vapeur. Ce sont quelques associations parmi des multitudes, Dieu merci. Certaines sont locales, d’autres ont des envergures nationales ou internationales et sont capables d’informer et d’aider ceux qui nous dirigent à prendre des décisions qui vont dans le sens de la vie et de la justice. Chacun donc peut contribuer à sa manière à une prise de conscience, comme les enfants l’ont montré cet après-midi en ramassant ce qui traînait, c’est-à-dire ce qui a été jeté, au parc de la Carterie, ou en apprenant à trier les déchets.

Les associations que nous avons rencontrées sont confessionnelles, c’est-à-dire chrétiennes, ou pas du tout. Nous sommes solidaires dans la construction avec tous ceux qui partagent le même idéal, qui ont conscience de l’urgence, quelles que soient leurs convictions, leur religion ou absence de religion. C’est ici que la question que pose Jean, l’un des Douze, à Jésus, prend toute sa dimension : « maître, nous avons vu quelqu’un expulser les démons en ton nom, nous l’en avons empêché car il n’est pas de ceux qui nous suivent. » La réponse de Jésus est essentielle : « Ne l’empêchez pas, car celui qui fait un miracle en mon nom ne peut pas aussitôt après mal parler de moi. Celui qui n’est pas contre nous est pour nous ».

La réponse de Jésus instaure donc la nécessité d’un partenariat avec tous les hommes de bonne volonté lorsqu’il s’agit de s’attaquer à des puissances considérables : expulser les démons. Dans le cas de la sauvegarde de la planète comme de la justice sociale, nous sommes face à de puissants démons. Il nous faut nouer des partenariats avec la société civile, des associations. C’est ce que nous avons essayé de faire. Il nous faut nouer des partenariats avec des chrétiens de confession différente. Le Label Eglise Verte, dans lequel notre paroisse est engagée, est à l’origine une démarche œcuménique. Elle consiste à interroger les communautés chrétiennes sur leur manière de consommer et à les rendre sensibles aux questions de justice sociale et d’environnement.

C’est une fête aujourd’hui. Nous fêtons notre désir de rompre toute complicité avec les forces du mal qui entraînent notre monde dans la folie. La folie, c’est quand un smartphone qui n’existait pas voilà 12 ans devient un instrument indispensable. Nous fêtons notre désir de mener une vie simple et humble à l’image des enfants, des tout-petits. Ce que dit Jésus dans l’Evangile est très fort : celui qui n’accueille pas le Royaume à la manière d’un enfant n’y entrera pas. L’enfant au temps de Jésus ce n’est pas l’innocence, mais la dépendance totale vis-à-vis des adultes. C’est le mot dépendance qui les caractérise, ils ne peuvent pas encore se prendre en main seuls. Ainsi les chrétiens, mais par extension tous les humains : seuls ils ne peuvent rien. Seule la solidarité permet de sortir de la dépendance que nous essayons de masquer mais qui est pourtant notre marque de fabrique. Jésus nous dit : vous ne pourrez pas vous en tirer seuls. Mais tous ensemble, inventez des chemins nouveaux, des chemins d’avenir. Posez-vous cette question essentielle du pape François : de quoi avez-vous vraiment besoin ?

Daniel Orieux

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