Homélie du 26 août…

​​TEXTES DU DIMANCHE​​​

Pourquoi ne remplace-t-on pas des textes de la Bible,  difficiles voire incompréhensibles pour le commun des mortels, par des textes plus modernes et plus accessibles ? Cette question m’a été posée il y a un peu plus d’une semaine. J’y ai pensé en écoutant attentivement la deuxième lecture, très belle d’ailleurs, qui dit que les relations entre hommes et femmes doivent être à l’image des relations entre le Christ et l’Eglise.

« Cette parole est rude ! Qui peut l’entendre ? » se plaignent les disciples auprès de Jésus, dans l’Evangile, alors que Jésus termine son enseignement sur le pain de vie : celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle.

Donc, de l’Evangile à aujourd’hui, c’est le même refrain : ce n’est pas toujours facile à comprendre, la Parole de Dieu !

Il faut bien admettre que l’Evangile et la Bible ont leur langage, un langage daté, lié à une histoire, à un contexte. Les références d’alors, les croyances, les modes de vie, les relations entre les personnes, entre les peuples, ne sont plus les mêmes. Des siècles nous séparent de l’écriture des textes bibliques et même à l’intérieur de la Bible, des siècles séparent certains écrits de l’écriture des Evangiles.

Faut-il pour cela les ranger dans la Bibliothèque pour sortir, lire et écouter des textes modernes ? Mais lesquels ? Qui dira la saveur des textes bibliques mieux que les textes eux-mêmes ? Qui saura interroger en profondeur la conscience humaine, les actes humains, mieux que les prophètes bibliques ou que les enseignements de Jésus ? Mais il faut faire un effort d’interprétation, pour comprendre. Il faut faire un effort, de la même manière que toute personne qui veut s’initier à la musique ou à un sport doit en apprendre les codes.

L’entourage de Jésus est composé de plusieurs cercles. Il y a la garde rapprochée, les Douze, choisis et appelés explicitement par Jésus. Il y a un second cercle composé des disciples, notion assez vague mais qui désigne l’ensemble d’hommes et de femmes qui montrent un grand intérêt pour Jésus et à l’occasion vont le suivre et écouter ses enseignements. Et puis il y a les foules, nombreuses, indistinctes, informes, que Jésus parfois organise pour l’écoute de la parole, pour le partage du pain, comme dans les textes qui nous ont intéressés tout le mois d’août, le récit de la multiplication des pains et son discours. Ces foules ont faim, soif, attendent des guérisons, attendent des paroles d’espérance…

Dans l’Evangile d’aujourd’hui, c’est le cercle intermédiaire des disciples qui réagit : cette parole est rude, qui peut l’entendre ? Et c’est le moment de la désillusion, beaucoup de disciples choisissent de quitter Jésus. Il faut bien se rendre compte que la parole de Jésus n’a jamais fait l’unanimité. Moment critique, quand la fuite commence, jusqu’où sera-t-elle enrayée ? Alors Jésus se tourne vers les Douze, le premier cercle, et ose cette question : voulez-vous partir vous aussi ? Il sait bien que même les Douze seront absents au pied de la croix. Même Pierre. Resteront Marie sa mère, quelques disciples, Jean…

La question de Jésus est normale. Je vais émettre une hypothèse choquante ? N’y-a-t-il pas trop de chrétiens qui restent par habitude ? N’y-a-t-il pas trop de chrétiens qui partent sans se poser les bonnes questions ? Partir : se faire débaptiser, comme des catholiques en Argentine parce que l’Eglise s’est impliquée très fortement contre la loi en faveur de l’avortement. Partir, à cause des scandales dans l’Eglise, en ce moment. J’aurai l’occasion de vous en reparler très prochainement. Voulez-vous partir vous aussi est une question centrale posée à chacun de nous. Cette question est centrale parce qu’elle demande de se prononcer sur l’essentiel. Pas sur des détails. On ne joue pas sa vie sur des détails, mais sur l’essentiel. Or, devenir chrétien, c’est choisir Jésus. C’est choisir le chemin difficile, la voie du bonheur, mais un bonheur que l’on trouve sans jamais renoncer à aider son prochain à trouver le bonheur. « Réussir sa vie c’est faire réussir celle des autres » disait Mgr Garnier, archevêque de Cambrai, qui vient de mourir.

Il est normal que la tentation de partir existe chez des chrétiens puisque Jésus lui-même interroge à ce sujet. Mais la question de Jésus peut se comprendre de deux manières : la première manière, le côté sombre,  voulez partir, c’est-à-dire me quitter. Mais l’autre manière, lumineuse, peut se comprendre ainsi : voulez-vous partir pour un voyage nouveau, pour un voyage intérieur, avec moi, où réussir sa vie ce sera faire réussir celle des autres. Le bonheur des autres, voilà le sens de ce que Jésus prêche quand il parle de la vie éternelle. La vie éternelle, c’est aujourd’hui, déjà, et pour les siècles des siècles, comme le disent les formules de conclusion des prières que nous prononçons nous les prêtres chaque dimanche à la messe. Dès aujourd’hui et pour les siècles des siècles. Gabriel Ringlet dans un commentaire récent sur le pain de vie a inventé un nouveau mot. En nous demandant si nous voulons partir, Jésus nous invite à la vie éternelle, mais plus encore à la vie internelle, c’est-à-dire à un voyage intérieur, bilan carbone zéro, partir au fond de notre cœur et du cœur de nos frères pour les ouvrir la beauté et la grandeur de Dieu, dans le combat pour la justice et la vérité. La vie éternelle est une vie internelle. L’au-delà est d’abord au-dedans dit Gabriel Ringlet. Partir à l’assaut des plages de nos frères, là où sont leurs préoccupations, leurs souffrances et leurs joies, partir à l’assaut des sommets qui sont les rêves de nos frères en humanité, pour une vie plus juste et plus fraternelle. Pas un kilomètre de déplacement physique, mais des montagnes intérieures à bouger. Voilà ce qui est difficile, voilà le point de conversion auquel nous invite Jésus avec sa question : voulez-vous partir vous aussi ? Posons-nous là cette question, en cette fin de vacances. Où sommes-nous partis cet été ? Quel fut notre voyage internel ? Et vers quels horizons voulons-nous maintenant aller alors que commence une année scolaire, une année pastorale ? Quel départ voulons-nous vivre : une fin de course ou un nouvel élan ? La réponse de Pierre à Jésus sera une réponse de pauvre : mais à qui irions-nous, tu as les paroles de la vie éternelle ! Elançons-nous, à la suite de Jésus.

Daniel Orieux

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