Première communion du 27 mai : homélie…

Je viens de lire la fin de l’Evangile de Matthieu, c’est un moment exceptionnel, après la mort de Jésus. Les disciples ne savent pas trop quoi faire, ni où aller. Ils sont Onze désormais, Judas a trahi, il n’est plus là, il n’est pas encore remplacé. Certains disent Jésus ressuscité.  C’est vrai ou pas ? Un rendez-vous a été donné sur une montagne, en Galilée. La Galilée c’est une région de Palestine, mais c’est plus que cela. C’est un symbole : un lieu de commerce intense, de rencontres en tous genre, un lieu de migration. C’est le symbole de notre monde d’aujourd’hui, en plein bouleversement, en pleine effervescence. Or, Jésus est présent sur la montagne. Les Onze vont se prosterner devant lui. Mais ensuite dans un deuxième temps, certains ont des doutes. Alors Jésus va les envoyer partout dans le monde, faire des disciples.

J’ai reçu de vous, chers communiants, des lettres, vos lettres, de très belles lettres qui commencent de différentes manières : Cher Daniel (parfois avec lle…) Père Daniel, bonjour le prêtre, Daniel, Monsieur le Curé etc… et vos lettres m’expriment votre désir de communier. Elles contiennent les trois moments que je viens de décrire dans l’Evangile : se prosterner, avoir des doutes, être envoyé.

Devant qui se prosterne-t-on habituellement ? Devant des rois ! Plus de 200 ans après la Révolution, les Français ont perdu l’habitude de se prosterner, c’est-à-dire de se mettre à genou devant un supérieur ou encore de s’allonger de tout son long devant un roi.  Si les disciples se prosternent devant Jésus c’est parce qu’ils ont reconnu en lui le Fils de Dieu, comment les mages à la crèche, vous vous souvenez ? Et ils savent, ces chrétiens d’origine juive, que l’on ne se prosterne que devant Dieu, et devant personne d’autres. C’est dans les 10 commandements : un seul Dieu tu adoreras. C’est une très belle conséquence de la foi, pour les croyants : un chrétien est un homme libre qui ne se met à genou que devant Dieu. Ni devant un président, ni devant un chef,  ni devant des supérieurs, ni devant l’argent ou l’économie, ni devant d’autres idoles : drogue, sexe etc... Croire en Dieu libère. Pourquoi je relève cela ? Si vos lettres n’emploient pas le verbe « se prosterner », elles disent très fort votre attachement à Dieu et à Jésus : « Je veux communier pour aimer Dieu » dit l’une d’entre vous. Ou encore : « je veux communier pour être plus proche de Dieu et de tous les saints ». « Je veux communier pour aimer Dieu et son Fils et plus croire en Dieu » ajoute un autre ». C’est cela se prosterner, c’est aimer Dieu de tout son cœur. Une autre encore dit : « avec la communion je vais aller encore plus à l’église ». Et un autre encore : « Je veux prouver à Dieu que je l’aime et pour être béni. Je veux me rapprocher de Dieu.

Par la communion, vous reconnaissez Dieu comme guide de votre vie. Il vous rend libre. Et nous tous qui vous entourons, nous demandons à Dieu ce que vous demandez dans une lettre : qu’il vous bénisse.

Les disciples se prosternent, mais certains ont des doutes, dit l’Evangile. 28 années après mon ordination de prêtre, le jour où moi aussi je me suis prosterné devant Dieu pour qu’il me bénisse, je reste émerveillé et perplexe devant cette parole. Imaginez que vous vouliez convaincre quelqu’un de croire. Vous ne commencez par dire que vous avez des doutes. C’est pourtant ce que, dans son immense sagesse, fait l’Evangile. Rendez-vous compte ! Les Onze, le cercle le plus rapproché de Jésus. Les futurs évêques et responsables de l’Eglise. Parmi eux, certains eurent des doutes. Si encore ils ne l’avaient pas dit ! Mais ils l’ont dit. Quelle délivrance pour chacun de nous : la foi c’est vivant. C’est une recherche. Le doute est normal dans la vie du croyant parce que croire, c’est suivre le chemin de Jésus et c’est passer par beaucoup de questions. Et cela aussi vous le dites dans vos lettres. Vous n’exprimez pas de doutes, pas assez peut-être mais ça viendra bien assez tôt. Par contre vous exprimez que la foi est une dynamique : « J’ai envie de la communion pour ma vie future ». C’est bien de penser à sa vie future en pensant à la communion : il y a un avenir qui s’ouvre. « Je voudrais que cette communion me rende capable de vivre comme Jésus » ou encore : « connaître Jésus m’a permis de connaître les valeurs de la vie ». « Je veux communier pour m’imprégner de Jésus et avoir ses qualités ». « Je veux suivre le chemin de Jésus : joie, paix, amour ». « Le catéchisme m’a appris à partager, à dire pardon. » Chers amis qui allez communier, vous nous dites que la foi n’est jamais acquise une fois pour toute. Elle est un chemin sur lequel se présente des obstacles et des doutes. C’est normal. Ce qui ne serait pas normal, ce serait de se complaire dans des questions et ne pas chercher les réponses, pour trouver un confort dans la religion, alors que Jésus nous envoie vers les autres.  Etre chrétien ce n’est pas vivre dans un monde virtuel, mais dans le réel avec des gens en chair et en os : comment aimer ceux qu’on n’aime pas assez ? Comment respecter ceux qui ne nous ressemblent pas ? Comment accueillir ceux qui sont plus faibles que nous ? Comment respecter l’environnement que Dieu me donne ? Ne pas jeter ? Ne pas gaspiller ? Vivre sobrement ?

C’est vers cela que Jésus envoie ses disciples : allez, de toutes les nations faites des disciples ! Jésus vous envoie et l’une d’entre vous l’a très bien compris, puisqu’elle écrit ce que nous avions entendu le soir du Jeudi Saint : « Je souhaite être professeur de KT pour apprendre aux enfants le plaisir d’être chrétien » ! Là encore en 28 ans d’ordination de prêtre j’ai appelé des tas de gens pour faire le KT mais je n’aurais pas imaginé que quelqu’un se présente en toute simplicité, pour «apprendre aux enfants le plaisir d’être chrétien ». Catéchistes ou pas, tous vous êtes envoyés, vers le monde réel, pour vivre comme Jésus et parler de lui.

Je termine. Les lettres sont magnifiques, les voici. Dans les lettres parfois se glissent des dessins : ange, colombe, croix, étoiles, coupe de pain, coupe de vin. Et puis sur une enveloppe j’ai trouvé ceci : deux arbres reliés soit, au choix, par un hamac, ou par une passerelle, je ne sais pas. J’ai décidé de choisir les deux : le hamac : Croire en Jésus c’est trouver le repos dans un monde difficile et en plein bouleversement. La passerelle : devenir chrétien, c’est renoncer à construire des murs entre les hommes, c’est travailler même à les détruire. Devenir chrétien, c’est bâtir des ponts entre les hommes et travailler à les relier. Devenir chrétien c’est vivre la fraternité.

Daniel Orieux

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