Chaque « non » est l’autre face d’un « oui »…

Un vent inexorable semble nous pousser vers des mutations anthropologiques accélérées dans le domaine de la transmission de la vie humaine et aussi dans la considération des conditions du mourir.

Mais à côté des très légitimes inquiétudes que suscitent les évolutions annoncées à la suite des novations techniques dans la procréation, ne faut-il pas aussi entendre la souffrance respectable des personnes qui sont dans l’impossibilité d’accueillir un enfant, l’une des belles tâches proposées aux humains ? Ne faut-il pas admettre qu’on meurt mal trop souvent et qu’il est nécessaire d’entendre des personnes refuser une situation douloureuse ?

Entendre et non pas condamner, au nom de principes rigidement invoqués. Mais aussi affirmer avec respect et douceur que tous les désirs, même les plus nobles, ne sauraient se convertir en droits, sans provoquer des dégâts collatéraux, d’abord peu visibles, mais dont les effets à terme sont incontrôlables.

N’oublions pas qu’une civilisation affirme ses valeurs positives par la fermeté des limites et des interdits qu’elle sait s’imposer. Respecter le corps d’autrui, c’est ne pas lui faire violence ; promouvoir la confiance mutuelle, c’est ne pas mentir ; obliger à sortir du cocon familial restreint quand on est devenu adulte, c’est prohiber l’inceste. Chaque « non » est l’autre face d’un  « oui ». Dans le débat actuel autour des questions de bioéthique, c’est ce dont il convient de se souvenir.

Ainsi dire non à la PMA pour toutes les femmes, c’est dire oui au respect de la place des hommes qu’on se refuse à réduire au rang de simples moyens. « Donneurs de bonheur » quand ils abandonnent leur sperme selon un slogan qui, dit-on, serait en préparation ? Ou complices d’un effacement et d’une instrumentalisation sous une apparente générosité ?

Dire non à une certaine conception de la médecine prédictive, c’est dire oui à l’accueil du petit à naître dans sa différence et chercher d’abord à le soigner s’il est malade, et non vouloir nécessairement l’éliminer.

Dire non au prêt, même gratuit, d’un utérus, c’est dire oui à la relation qui se tisse entre la mère et l’enfant durant la grossesse, qui n’est pas qu’une simple gestation comme chez les mammifères. On dit que cette gestation serait  « pour autrui », mais n’est-elle pas d’abord « par autrui », expression qui permet de dévoiler un abandon programmé présenté indûment comme un don ?

Dire non au suicide assisté et à l’euthanasie, même à la demande du patient, c’est dire oui à l’accompagnement des plus vulnérables, c’est dire oui à la reconnaissance de la dignité inaltérable de celui qui croit l’avoir perdue, et c’est pour le soignant ne pas se laisser embarquer dans une autre éthique que celle commandée par le serment d’Hippocrate.

« Prends soin de lui ». Cette injonction évangélique est devenue au fil des siècles notre repère commun. Ne le détruisons pas.

Jacques Ricot, philosophe


Pour aider à la réflexion :

- le site des états généraux de la bioéthique :

https://etatsgenerauxdelabioethique.fr/pages/dossiers-thematiques​​​

- le site du conseil des évêques de ​France :

http://eglise.catholique.fr/sengager-dans-la-societe/eglise-et-bioethique/​​​

One Reply to “Chaque « non » est l’autre face d’un « oui »…”

  1. A propos de l’euthanasie, quelques extraits d’un livre passionnant « Médecin catholique, pourquoi je pratique l’euthanasie » de Corinne Van Oost – préfacé par Véronique Margron :
    « … Tuer n’est pas une réponse à la souffrance. Pourtant il y a un mal plus grand que l’euthanasie : c’est de ne pas écouter la supplique d’autrui. En 2010, j’ai suivi à Namur une journée de formation intitulée  » L’euthanasie, pourquoi pas ? « , organisée par le jésuite Marc Desmet, théologien belge formé à l’université catholique de Louvain et lui-même médecin…
    Dans cette journée de formation, il montrait qu’il n’y a pas d’argument théologique permettant de faire de l’euthanasie un interdit catégorique. Même pour un chrétien, oui, l’euthanasie peut être une exception légitime. Il confirmait que le primat de la conscience est capital dans l’Eglise. Celle-ci indique une ligne : l’euthanasie n’est pas une bonne chose, et je partage cette idée. Mais dans les situations concrètes, le croyant doit faire appel à son for intérieur… Je n’attends pas de l’Eglise qu’elle me protège, me donne des directives ou s’érige en juge moral de ma pratique. J’attends d’elle qu’elle aide les médecins à réfléchir…
    Pour ma part, je travaille avec Marc Desmet et d’autres, comme Véronique Margron, religieuse dominicaine ; elle a été doyenne de la faculté de théologie d’Angers… Véronique m’a aidée à comprendre qu’une bonne décision sur le plan éthique fait parfois souffrir personnellement sur le plan moral. Les choix concrets du médecin peuvent le mettre à mal ou heurter ses valeurs. Il faut savoir distinguer entre les deux ordres… » P83 – 88 du livre.
    Bien cordialement,
    Jean-Marie

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